Houdaigne ou la guerre de cent ans à Cléré les pins

- Maison principale
A la recherche d’information sur l’histoire de Cléré, mon village, j’ai découvert un livre fabuleux, « La Touraine Angevine » que M. Jean Goupil de Bouillé consacra à la région frontalière de nos deux provinces la Touraine et l’Anjou. En particulier il y racontait comment pendant la guerre de cent ans, Anglais et Français se disputèrent ce territoire qui va du Lude à la Loire, alors couvert d’un réseau de places fortes telles que Champchevrier, la Chétardière, Courcelles, Hommes, Rillé parmi de nombreux sites féodaux connus.
En page 75, on lit que des officiers firent en 1428 un rapport au roi Charles VII l’engageant à « démolir et abattre les fortifications des places non tenables de Hodagne (commune de Cléré), Hommes , Saint Mychiel sur Loire, la Guierche, Champchevrier, … » face à l’attaque des troupes anglaises. Hodagne ou plutôt Houdaigne aujourd’hui ! Quelle surprise d’apprendre que ce discret lieu-dit de ma commune avait tenu un rôle historique lors de la guerre de Cent Ans.
Je suis donc allée à Houdaigne et j’y ai découvert des constructions anciennes à la belle allure médiévale, avec une pièce d’eau un peu arrondie autour du jardin, donnant sur les champs. Difficile d’imaginer les bâtiments qui constituaient la place d’Hodagne au moyen-âge et leur disposition. Un spécialiste de l’architecture féodale en lirait le paysage actuel comme un livre ouvert puisque l’établissement des places fortes suivait des règles bien établies.
Voyons, quand on dit « place forte », cela implique la présence d’un système de  défense, donc probablement un fossé ou des douves (la pièce d’eau arrondie ?), un passage contrôlable, une tour, des gens d’armes, un corps de logis, un lieu de refuge pour les habitants d’alentour, une chapelle, des communs, des réserves, une ferme avec la basse-cour… En poussant plus loin la réflexion, ou simplement en suivant mon imagination, et les recherches sur Internet, je lis qu’ ”une place forte, ou communément en langage militaire, une place, est un ensemble  cohérent de fortifications visant à protéger non seulement le terrain enclos, mais aussi le terroir environnant et un territoire situé en arrière (vis-à -vis d’un ennemi) de la place. Les places fortes s’établissent sur les voies géographiques les plus aisées, les points de passage les plus fréquentés. Leur rôle est de surveiller une route, une partie de la frontière.” C’est donc bien ça, Houdaigne surveillait le territoire et les chemins environnants qui étaient alors sur une frontière fréquentée.
Voici ce que dit Wikipédia : “Les maisons fortes apparaissent couramment au XIIe  siècle et au XIIIe  siècle. Elles sont souvent situées aux abords des bourgs, le long de routes principales ou à la frontière d’une grande seigneurie. Elles appartiennent à des cadets, à des parents ou à des alliés de grandes familles seigneuriales. N’ayant pas de droits territoriaux dans la structure féodale, les propriétaires de ces maisons fortes jouissent souvent de droits économiques d’où leur  positionnement près des gués et des passages, des moulins et des centres de production  artisanale. D’un point de vue défensif, elles doivent pouvoir résister quelques heures contre une petite troupe. Pour dater la construction des maisons fortes, il faut observer la tour. Les fenêtres nous renseignent également. Vers 1400, les ouvertures s’agrandissent, on recherche le confort, elles sont à meneaux ou à croisée de pierre. ”
Dater la tour ? Il n’y en a plus bien sur, mais à l’intérieur de cette maison aux murs très épais, des détails d’architecture témoignent de son origine féodale : la cheminée monumentale, les bancs de fenêtres en pierre charmants, et les fenêtres à meneaux en cours de restauration dont traverses et montants ont hélas été sciés. Voici confortée l’authenticité de la “maison forte”.
Dans le « Dictionnaire géographique, historique et biographique d’Indre et Loire » de J.X. Carré de Busserole, je lis : “Houdaigne : ancien fief 1 relevant de Saint-Mars. En 1322, il appartenait à Pierre de Houdaigne, vers 1416 à Hardouin de Houdaigne“. A la Société Archéologique de Touraine, on me fait remarquer que l’auteur, Carré de Busserole, cite ses sources, dont une « Notice historique sur Gizeux et les communes environnantes de J. Guérin, 1871 » que je consulte aussitôt. Et là , je lis en toutes lettres : ” Houdaignes était au XIVème siècle un hôtel consistant en maison, chapelle, basse-cour, le tout entouré de douves avec pont-levis. Le seigneur avait sa fuye, sa garenne à connils (lapins), son moulin banal, ses métairies, le tout contenant 300 arpents 2. Il avait en outre droit de haute, moyenne et basse justice, et de fourches (potence).
Cette seigneurie fut tenue à foi et hommage 3 d’abord du Roi en franc alleu 4, puis de la Baronnie de Saint-Médard de la Pille, nommée dans le XVIeme siècle Saint-Mars, puis Cinq-Marqs et enfin Cinq-Mars. Le plus ancien aveu 5 connu est de 1332, il fut rendu par Pierre de Houdaignes au seigneur de Saint-Médard de la Pille.
Alors, la place d’Houdaigne fut-elle largement détruite en 1428, parce qu’elle ne pouvait pas résister suffisamment ? On sait que l’année suivante en 1429, Jeanne d’Arc intervint pour bouter les Anglais hors du royaume de France et que la guerre de cent ans prit fin. Houdaigne et sa chapelle survécurent puisqu’en 1539 « Pierre Chopin, écuyer, fonda dans la chapelle, 88 messes basses par an, moyennant une rente de 2 septiers de seigle, 2 d’orge et 2 d’avoine ». Mais de quand datent les granges devenues maison d’habitation et le four à pain ? En 1720, Houdaigne appartint à un maréchal de France, Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, duc de Roquelaure. “A Houdaigne se trouvait une chapelle qui constituait un bénéfice et dont Jean-François Chevalier, curé de Cléré, était chapelain en 1776. ”
Une recherche sur Internet révèle que la chapelle fut rattachée à l’hôpital de la Charité, le futur hôpital Bretonneau, probablement au 18ème siècle. (Dans les actes de Fondations de l’Hopital de La Charité, parmi les domaines et terres en Indre-et-Loire,  titres de biens rattachés49 H dépôt 4 (B 42) Cléré : chapelle  d’Houdaigne. 1617-1788). Mais on ne voit plus trace de la chapelle.
Houdaigne est aujourd’hui un petit hameau familial mais riche d’un passé étonnant. Grand merci à madame Armelle Loiret, actuelle propriétaire, qui m’a ouvert la porte de sa chère maison. Nous avons ensemble rêvé aux temps anciens de Houdaigne. Et puis, au hasard de ces lectures, j’ai rencontré d’autres fiefs de Cléré : la Plesse, la Chétardière, la Duranderie, les Cormiers, la Beaupinière, le Moulin Fermé, le Jannay, d’autres encore et Champchevrier bien sur. Mais c’est pour une autre fois.           Â
Dominique LANDAISÂ
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1. Le fief était durant l’époque féodale une tenure concédée à un vassal, à la charge de la foi et hommage et, éventuellement, de quelques autres devoirs envers son seigneur. La tenure est une terre que le vassal tient de son seigneur, et qui assure sa subsistance et le paiement d’un équipement militaire.
2. Environ 150 hectares selon :                                                                                                                      L’arpent : (du gaulois arepenn, « portée de flèche »).Â
L’arpent de Paris : 100 perches carrées de 18 pieds de côté, soit 34,19 ares, soit 3 417 m2.
L’arpent commun : 42,21 ares, soit 4 221 m2
L’arpent du roi ou d’ordonnance : 51,07 ares
L’arpent des eaux et forêts : 100 perches carrées de 22 pieds de côtés, soit 48 400 pieds carrés, soit 5 104 m2.
3. Foi et Hommage. qu’on appelait aussi foi, ou hommage simplement, était une soumission que le vassal faisait au seigneur du fief dominant, pour lui marquer qu’il était son homme, et lui jurer une entière fidélité.
4. Franc alleu, fief qui était possédé librement par quelqu’un, sans dépendance d’aucun seigneur.
5. Aveu Suit généralement l’investiture du fief : le vassal, pour éviter toute contestation ultérieure, « avoue » son fief; de même, le seigneur avoue (reconnaît) son vassal et inversement.   Â
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Dictionnaire géographique, historique et biographique d’Indre et Loire réédition en 1988 de l’original de 1878 de J.X. CARRE DE BUSSEROLE Imprimerie de la Manutention Mayenne -La Touraine angevine de Jean GOUPIL DE BOUILLE 1991 Hérault Éditions – Notice historique sur Gizeux et les communes environnantes de J. GUERIN 1871 réédition chez Res Universis .  Â
Le « Carre de Busserole » est entièrement en ligne. Pour l’article sur Cléré : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k210041c/f323.chemindefer
Publié par Dominique Landais le 25 janvier 2010 dans Escapade en Touraine.
#Tags : Cléré les Pins, Guerre de cent ans, histoire, Houdaigne
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Bravo Dominique, article riche en recherches, intéressant à la lecture et une bonne mise en application de la formation de Tourainemédia (insertion images, liens) ! Premier article d’une longue série j’espère !